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Cette semaine, Transfert invite le Groupe Artistique Alice à s’emparer du site sous le thème « Ville & Hospitalité », une invitation au rassemblement et aux créations partagées par tous·tes, pour tous·tes. Au programme, des temps d’échanges, de débats, de parcours urbains, de séminaires, d’histoires. Une émission radio, des projections de films courts, des ateliers d’éducation populaire, des performances artistiques et culturelles autour de la ville et de l’hospitalité. Découvrez l’origine du projet et les intentions de ce week-end à Transfert.

Une démarche de création partagée

Depuis décembre 2016, le groupe artistique Alice développe une démarche de création partagée avec des jeunes exilés·es, des militants·es, des habitants·es et des artistes du grand Nantes. Ces temps d’échanges et de création se construisent avec de nombreuses associations qui œuvrent tous les jours à un accueil digne, pour et avec tous·tes que ce soit dans l’accès à des soins, à des papiers, à un toit, à un repas, à la scolarité, à la formation ou à l’emploi, à l’expression artistique et culturelle. Cette démarche de création partagée autour de l’exil et des migrations questionne un débat public de plus en plus caricatural et manipulé. Malgré de nombreuses enquêtes scientifiques sur les réalités des migrations contemporaines, les idéologies racistes ou suprémacistes ont été banalisées dans l’espace médiatique, la parole politique et l’action publique. Ce n’est certes pas nouveau dans notre histoire récente ; régulièrement, les courants du rejet de l’autre et des dernières populations arrivées se manifestent ; ainsi au début du vingtième siècle, à la fin des années trente, dans les années 1980, dans les années 2010. Notre démarche vient réinterroger les bases de cette culture récurrente de l’exclusion : héritage de l’esclavage et du colonialisme, néocolonialisme, fabrique du racisme et des discriminations, décolonisation des esprits et de la culture, etc.

“Savons-nous encore accueillir ? Nous avons vu des barbelés pousser dans des prairies. Des murs pousser comme des champignons. Sous nos yeux nous avons vu l’étranger cesser d’être un hôte pour devenir une inquiétude, un problème qu’il faut repousser, ne plus voir. Quand on ne voit plus quelqu’un il n’y a plus personne. Faire qu’il n’y ait plus personne là où il y quelqu’un, c’est le contraire de l’hospitalité, c’est l’inhospitalité, et l’inhospitalité devient hostilité, devient haine.”

« La fin de l’hospitalité » de Guillaume le Blanc, Fabienne Brugère, FLAMMARION

Daviais et la crise de l’accueil à Nantes

Été 2018, des centaines de tentes s’installent dans le square Daviais au cœur de la ville. C’est un avant et un après. Nantes rejoint dans l’imaginaire collectif les villes de Paris, de Calais, de Grande-Synthe. Bidonvilles, squats et logements précaires existaient déjà bien sûr, parfois très visibles et maltraités ; mais les tentes de Daviais révèlent aux yeux de tou·tes et de manière spectaculaire les dysfonctionnements entre les politiques locales et nationales. C’est la fin de l’hospitalité comme valeur politique. Ce qui est alors traité comme une crise migratoire exceptionnelle n’est-elle pas plutôt une crise de l’accueil ?

À l’été 2020, Transfert – base de vie et de questionnements pour des projections urbaines futures – propose au groupe artistique Alice de réfléchir collectivement à la question de l’Hospitalité : dans des villes en mutation, quelles pourraient être les contours d’une politique publique ? Malgré la crise sanitaire, des temps d’échanges et d’ateliers ont lieu, et un processus de recherche-action s’adosse à la dynamique de création partagée qui sera renforcée et poursuivie en 2021.

Pour une recherche-action partagée sur Nantes

Depuis un an, un groupe d’artistes, complices du champ culturel, de chercheuses et chercheurs en sciences sociales, droit ou architecture, de militants·es, se retrouvent, pour développer une recherche-action autour de la ville et de l’hospitalité. Les approches sensibles de l’artiste, déconstruction du scientifique et engagement habitant se nourrissent mutuellement. Les démarches portées par des habitant·es de la ville permettent de réaffirmer un accueil digne et à un droit à la ville pour toutes et tous. Les regards croisés, interculturels, intergénérationnels permettent de créer de nouveaux récits et de les inscrire dans une transmission plus longue. Notre méthodologie est celle de la co-construction et de l’inclusion. Elle entend proposer un contre-point joyeux et populaire dans un débat caricaturé et malveillant. Cela se passe à Nantes. Si notre ville a été le premier port français organisateur et bénéficiaire du trafic d’hommes et de femmes du continent africain vers les plantations esclavagistes de l’autre côté de l’Atlantique, ne pourrait-elle pas être aussi une ville de l’accueil et de l’hospitalité ?

Ce que nous proposons de partager avec vous

Face au triptyque de l’hostilité « contrôler/trier/expulser », le philosophe Guillaume Le Blanc propose le triptyque de l’hospitalité « secourir/accueillir/appartenir ». C’est cette vision que nous nous proposons de déployer car elle permet d’interroger à la fois le droit à la ville et l’accueil plein et entier de tous·tes. Nous proposons des temps d’échanges, de débats, de parcours urbains, de séminaires et de symposium, d’histoires (petites et grandes) sous un arbre à palabres, d’émissions radios, de diffusion de court-métrages, d’ateliers d’éducation populaire, de performances, de créations artistiques et culturelles autour de la ville et de l’hospitalité.

Ce temps fort à Transfert s’inscrit dans un processus qui se construit dans le temps. C’est un des temps de la recherche-action. Il y a un avant et un après dans d’autres lieux de la Métropole. Nous invitons tou·te·s celles et ceux qui le souhaitent, habitant·es, expert·es de la fabrique de la ville, universitaires, chercheur·es et étudiant·es, élu·es et technicien·nes, militant·e·s à venir rejoindre ce processus dans la douce et vive utopie d’en faire un temps partagé riche et fécond.

Les temps forts de ce week-end Ville & Hospitalité

SPECTACLES

  • Groupe Artistique Alice – « Un jour, il faudra bien qu’on se fabrique un nous » : un cabaret croisant cinéma, musique, théâtre et danse.
  • « Le procès de l’hospitalité » : joute oratoire portée par Brahim Béchir Mourtalah

ATELIERS

  • Abécédaire de l'(in)hospitalité : hors les murs (Mirroir d’eau – Nantes)
  • Atelier sur les discriminations : porté par Rachel Fandi
  • Atelier “Imagine ton Transfert”
  • Cartographie des lieux de l'(in)hospitalité : hors les murs (Place Graslin – Nantes)
  • Atelier “cabane”

AUTRES FORMES ARTISTIQUES

  • Le Grand Témoin – Aurel : retranscription artistique des instants Transfert.
  • Portraits de vi(ll)es : exposition sur la notion d’appartenance.
  • Yaakaar : émission de radio musicale en directe.
  • Performance musicale et concours de sapes

DÉBATS, ÉCHANGES

  • Les Rencontres Eclairées : temps d’échange sur l’hospitalité urbaine et la fabrique de la ville.
  • Des Maisons pour tous vraiment pour tou.t.es ! : table ronde
  • Lisanga Ya Bayambi : Assemblée de l’hospitalité

Illustration par Hervé Dabla
Vidéo par Groupe Artistique Alice
Crédits photo : Chama Chereau