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Vous l’avez sûrement remarqué si vous êtes déjà venu·es à Transfert depuis son ouverture estivale, un lieu inattendu a pris forme sur le site : l’oasis végétale Ecoprimitif. Un nouveau projet collaboratif qui continue d’évoluer grâce aux artistes Jose et Yulie ainsi que toutes les personnes ayant déjà participé à cette création inédite.
Nous sommes allé·es à la rencontre de ces deux artistes pour comprendre les parcours de chacun·e, ainsi que les procédés de ce projet hors du commun.

Qui êtes-vous et quels sont vos parcours respectifs ?  
Yulie : Moi c’est Yulie, d’abord j’ai été designer graphique au Pérou. J’ai vécu six ans là-bas et j’ai travaillé cinq ans dans différentes structures. Puis j’ai eu besoin de me reconnecter au sens de mes mains, de retrouver une activité manuelle et de sortir de l’ordinateur que j’avais déjà beaucoup exploité. Je me suis reconvertie à la céramique dans différents ateliers, d’abord à Lima puis j’ai complété ma formation en France, à Tours, dans un atelier spécialisé. Puis en 2020, j’ai ouvert mon atelier à Nantes avec Jose, l’atelier Tour de la Terre où on permet aux gens de découvrir la céramique, le tournage, le modelage, le décor, les maillages et les cuissons Raku* (procédé de cuisson de poterie basse température d’origine japonaise*). On répond aussi à des commandes artistiques, des commandes de restaurants ou encore des commandes de particuliers. On accueille aussi des résidences et on travaille avec une équipe de cinq céramistes qui viennent aussi animer les ateliers et nous donner des coups de main sur différents projets. 

Jose : Je m’appelle Jose, je suis un sculpteur péruvien et je suis à Nantes depuis 2019. La première fois où je suis venu ici c’était en 2014 pour une invitation de Pick Up Production pour la Villa Occupada, une exposition liée au street art américain. Je travaille aussi beaucoup pour des spectacles notamment pour de la scénographie et aussi beaucoup de projets liés au street art. Je travaille principalement le métal, le bois et la céramique. J’ai aussi beaucoup de projets à l’international, j’ai travaillé dans neuf pays différents. Mais ce que j’aime de Nantes, c’est que c’est une ville très cosmopolite, c’est une ville très ouverte. 

Vous avez tous les deux beaucoup voyagé, qu’est-ce que cela vous a apporté à chacun·e dans votre art et dans l’évolution de vos différents projets ? 
Jose : Déjà le nom de notre atelier Tour de la Terre fait référence à tous ces voyages et le fait aussi que moi je suis péruvien et Yulie française. Notre travail s’inspire aussi beaucoup des arts anciens et primitifs comme les arts péruviens ou encore les arts africains. 

Yulie : Oui, on fait le lien avec tous ces arts premiers et tous ces symboles communs à toutes ces civilisations. Ça nous permet de mieux comprendre le monde, comment il marche dans son ensemble. Quand on regarde tous ces symboles et tous ces arts ça nous permet de comprendre une histoire et de s’en servir pour en raconter une nouvelle. 

Comment vous est venue cette idée d’ateliers participatifs autour de l’œuvre Ecoprimitif ? Quelles étaient vos ambitions et vos envies autour de ceci ? 
Yulie : On avait envie de faire quelque chose à l’échelle du lieu, il fallait donc que ce soit grand (rires). Ça faisait aussi longtemps qu’on voulait travailler la terre cuite sous la forme de mosaïque et c’est vrai que c’est un médium qui demande beaucoup d’étapes différentes à faire mais c’est aussi accessible à tous·tes, tout le monde peut trouver sa place dans la création. C’était une bonne manière de réaliser l’œuvre avec trois cents personnes pour faire quelque chose d’immense (rires).

Jose : C’est quelque chose qui est ouvert à tous les âges et c’est aussi sympa que chaque personne puisse prendre part au projet et mettre une petit pièce. C’est très symbolique, il y a beaucoup de petits morceaux pour faire cette composition et c’est un peu le travail que les publics font. 

Yulie : Oui et puis si on est pas à l’aise avec la composition, on peut faire le collage ou trier les pièces ou encore couper… on s’y retrouve, on n’est pas forcément obligé d’être créatif·ve pour participer. 
Et aussi dans le côté primitif de l’œuvre, on voulait ce retour à l’instinct animal, cette reconnexion aux mains, ce lâcher-prise, c’était important. Du coup dans les ateliers on essaye, sur la création, de donner un cadre aux gens mais quand même de les laisser créer comme ils·elles le souhaitent. Bien sûre on les conseille si on voit que quelqu’un bloque mais on essaye vraiment de les libérer. 

Pourquoi le choix de la mosaïque ? Est-ce que cela donnait une dimension plus accessible à toutes et à tous en fonction des publics que vous avez pu rencontrer (enfants, séniors, adultes en insertion, etc…) ? Qu’est-ce que vous retenez de tout ceci et de ces différentes rencontres ? 
Yulie : C’était un beau défi, il y a eu un bon mélange des publics où tout le monde a très bien cohabité. Nous on faisait pas la différence à qui on parlait, c’était des gens qui venaient participer à notre atelier et ils·elles étaient là pour faire de la céramique et passer un bon moment donc on était dans quelque chose de très bienveillant avec une belle énergie. En général on arrivait à réaliser sept grandes pièces en simultanées, c’était super bien. On avait deux espaces pour nous et parfois on était même plus de vingt personnes. Du coup oui l’énergie était vraiment très bonne, la bienveillance régnait et c’était très agréable de voir la joie procurée par la création.

Jose : Oui chaque date a été différente. Mais on a réussi à faire un truc avec une certaine unité esthétique malgré qu’il y ait  beaucoup de couleurs par exemple. À la fin le résultat est cohérent. 

Yulie : C’est vrai qu’avec toutes ces possibilités d’étapes, on est pas obligé de faire faire de la création à tout le monde et on a compris aussi que les gens avaient pas forcément besoin de faire de la création, juste de participer, de faire le joint, de faire le collage, ça leur suffisait. 

Jose : Oui il y a des personnes que ça stressent de faire de la création un peu aussi alors que si tu leur parles de choses plus manuelles où il n’y a pas forcément besoin de se poser des questions ça va mieux. 

© Arthur Lardière

La notion de réemploi est très présente dans vos projets notamment dans celui d’Ecoprimitif avec de la matière première, est-ce que vous procédez toujours comme ceci ? Ceci fait aussi le lien avec des thématiques comme l’environnement, l’écologie, la nature qui ont une place importante dans votre art ? 
Jose : Oui on travaille beaucoup avec le bois par exemple et on recherche beaucoup ces matières premières dans des endroits comme Emmaüs ou la Ressourcerie. C’est dans cette recherche que l’on va trouver de quoi faire nos œuvres, comme le carrelage pour Ecoprimitif.
Dans ces recherches on a aussi trouvé pas mal d’assiettes aussi, ça je pense que ça sera pour un prochain projet. Mais l’idée après serait de pouvoir faire des fresques pour la ville par exemple avec de la mosaïque permanente. Pour moi c’est une autre option, une autre branche qui peut se rapprocher plutôt du street art et faire aussi naître un nouveau projet participatif. Je trouve que les couleurs du carrelage sont plus fortes que la peinture.

Yulie : Oui on va voir directement ce que l’on trouve et on s’adapte aux pièces que l’on trouve. Cela permet que notre création évolue au fil du temps, on n’est pas figé et c’est assez agréable comme processus. On ne s’enferme pas dans une idée précise, on se laisse l’espace d’évoluer.
On est aussi très engagé·e oui sur l’environnement avec toute cette revalorisation de matériel. Nous on adore la beauté de la Pachamama* (La Pachamama est une sorte de divinité, une déesse totémique, elle représente la planète Terre et la vision du monde*). Du coup on est très sensible à la façon dont on traite l’homme et la planète dans notre société actuelle. On est un peu comme un colibri, on essaye de faire notre part, notamment dans l’art qu’on produit.  

Comment vous est venue cette idée de scénographie autour de l’œuvre Ecoprimitif ? Est-ce une idée que vous aviez depuis longtemps ou est-ce le site de Transfert qui vous a inspiré ceci ? 
Jose : On a voulu travailler cette idée en s’inspirant d’un travail d’archéologie du futur, c’est pour ça qu’on a eu cette idée de faire cet espèce de temple, d’anciennes ruines, c’est comme une capsule de vie. Imaginer la ville du futur fait aussi référence au passé, c’est pour nous un intermédiaire, de regarder le passé pour construire et projeter le futur, c’est ça l’exercice. L’installation cherche à mélanger ces deux visions. 

Yulie : Et nous on travaillait déjà autour de l’eau avec Jose, du coup ça nous a tout de suite parler cette idée d’oasis qui a découvert Transfert. C’est aussi un exemple pour cette nouvelle ville qu’on est en train de créer, ce besoin de végétaliser, d’être proche des animaux. 
Quand on a rencontré l’équipe de Pick Up et qu’ils nous ont montré l’espace, ça nous a permis d’imaginer ce temple, on voulait vraiment créer ça comme une place. 

Jose : Oui maintenant on voudrait faire un peu plus de bancs, de mobiliers urbains pour que les gens habitent l’espace qui va encore évoluer. 

© Chama Chereau

Est-ce que certains de vos motifs sur les œuvres font références à des histoires, à d’autres cultures ? Qu’est-ce qui vous inspire ces différents motifs comme les serpents qu’on peut retrouver sur vos oeuvres ?
Jose : L’idée du serpent fait d’abord référence à l’entrée de Transfert, on a vu l’énorme tête de Cobra donc on voulait déjà faire référence au lieu de cette manière. Mais aussi dans la culture péruvienne, le serpent est l’animal qui fait le lien entre la terre et le monde d’en-dessous. C’est aussi vu comme une racine et le symbole de la fertilité donc ça nous parle beaucoup. Mais on a vu que souvent dans la culture occidentale le serpent est un peu mal vu alors que pour nous le serpent a aussi un signe de rébellion et de monde alternatif. 

Yulie : Et concernant les motifs, on utilise des motifs universels qu’on retrouve dans de nombreuses cultures comme ça chacun·e peut se l’approprier aussi à sa façon. 

Merci pour toutes ces réponses, vous vouliez rajouter quelque chose avant de se quitter ?
Yulie : Nous on est super content·e de pouvoir être en résidence à Transfert, d’expérimenter autour de la mosaïque et autour de cette œuvre collaborative, c’est un vrai espace, un vrai laboratoire où on se permet plein de choses, de tester différents styles, différentes techniques. Pour nous, c’est important aussi de faire une œuvre qui corresponde à l’écosystème Transfert.

Jose : En trois mois on fait évoluer aussi un nouveau savoir-faire qui est la mosaïque et en plus le lieu de Transfert est très inspirant pour nous avec pleins de couleurs, pleins de travaux de différent·es artistes. 

Tout l’été, il est possible de réserver des ateliers avec Jose & Yulie dans le cadre des ateliers du vendredi à Transfert. Plus d’infos juste ici.

Pour retrouver le travail de Jose & Yulie

Les différents projets de Yulie

Les différents projets de Jose

Image mise en avant de © Chama Chereau