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Au carrefour de la pop, du hip hop et des plantes (!), Labotanique sort l’album Expressions Végétales le 25 juin prochain et s’installe très prochainement dans Le Remorqueur de Transfert afin d’y planter la graine de son « utopie végétale ». Rencontre avec Ronan Moinet, chanteur du duo.

Au départ, Labotanique s’orientait plutôt vers le rap et la chanson française, comment est venue l’idée d’incorporer le végétal à votre projet ?

J’ai rencontré Thomas (Cocchini, autre moitié du duo) en école d’agronomie, donc nous partagions déjà cette sensibilité liée aux plantes. Nous avons un peu laissé de côté cette facette lorsque Labotanique a pris de l’ampleur et que notre envie d’un métier artistique a pris le pas sur le reste. Mais à l’occasion d’un spectacle autour des plantes créé spécialement pour le Voyage à Nantes cette partie de nous-même a ressurgi encore plus fortement. Aujourd’hui, on fait de la « pop végétale » ! Nous considérons Labotanique comme un projet art-science. Tout cela ne forme plus qu’un seul tout.

S’appeler Labotanique était donc un choix inconscient à vos débuts ?

Complètement ! Ce nom est aujourd’hui devenu une évidence.

Toutes vos activités (musique, actions culturelles, valorisation du patrimoine, balades sonores etc.) sont portées par l’association Bruit Vert qui va bientôt poser ses bagages à Transfert, plus précisément dans Le Remorqueur.

Nous voulions donner une vie à notre activité, installer notre laboratoire sonore et végétal quelque part. Pick Up Production nous a vite accueillie, car la question du végétal dans la ville est importante pour eux. Ils nous ont proposé la cale du Remorqueur, un lieu emblématique et magique pour beaucoup de Nantais. Ça met la pression, donc nous allons essayer d’être à la hauteur, de végétaliser ce lieu pour présenter au public notre utopie végétale.

Une utopie végétale ?

On se plaint tous de ne pas avoir de temps et de courir sans cesse. Les végétaux constituent des êtres vivants immobiles pour qui la notion du temps est totalement différente de la nôtre. Ils nous renvoient à notre condition d’humain. Ce sont des observateurs avisés de notre société. Et puis, ce « bruit vert », une référence au bruit blanc en musique, est une fréquence indéfinissable. Si tu n’as pas de connaissance en botanique ou sur les insectes, tu entends le bruit de la nature, mais tu ne mets pas d’image derrière ce bruit. Ce bruit, c’est un émerveillement, ainsi que l’écho de milliers de formes de vie, faire prendre conscience de tout cela, c’est là-dessus que nous travaillons.

Quel(s) projet(s) allez-vous développer avec Transfert ?

Cela va passer par de l’action culturelle avec la population des alentours. Nous voulons continuer la médiation en utilisant les plantes. Que ce soit en compagnie d’élèves de primaire, des étudiants ou des détenus, on se rend compte que leur demander d’écrire ou de parler d’une planteleur permet de se livrer. Tout le monde à un lien avec un végétal, même sans le savoir. Cela peut être un arbre, mais aussi un légume ou un fruit, une recette de grand-mère, etc.

Exploiterez-vous le site de Transfert ?

Oui, on va construire avec les habitants des créations sonores autour des ambiances que nous capterons ensemble sur le site.

Le site de Transfert vous paraît assez végétalisé pour enregistrer les sons de la nature ?

Si on ne fait pas attention, on ne voit qu’un tas de sable, mais il a beaucoup de végétalisation dans cette friche. C’est surtout de la mauvaise herbe, mais c’est exactement ce qui nous intéresse. Ce sont des plantes dites « ruderales » qui poussent spontanément partout en ville.

Pourquoi « mauvaise » ?

C’est très subjectif. Personne n’a choisi qu’elle soit là, elle non plus, mais elle existe, il faut l’accepter et vivre avec. L’autre jour, je voyais une vielle dame avec chalumeau qui brûlait les plantes situées entre son mur et le trottoir. C’est quand même étrange… La plante renvoie parfois au désordre et les gens n’aiment pas le désordre.

Labotanique © Adeline Moreau

Qu’est-ce que les plantes racontent de nous ?

Beaucoup de choses ! On sort bientôt Expressions Végétales, un album où chaque chanson est associée à une plante qui aborde une thématique de société. Dans Le Syndrome du Banlieusard, l’une des chansons du disque, on évoque ces mauvaises herbes, et plus particulièrement le Polypode vulgaire, une fougère qui pousse les pieds dans le béton. C’est toute notre enfance de banlieusards parisiens. Ça pose la question de qui vit en ville, qui veut y vivre et qui a le droit d’y vivre.

Voudrais-tu que le site de Transfert se végétalise plus à l’avenir ?

Ce qui m’intéresse, c’est la végétalisation spontanée, donc je n’y tiens pas spécialement. L’idéal serait que Transfert reste 30 ans et de d’observer les plantes prendre le dessus, mais je crois que le projet urbain est plus de construire des buildings. Ce qui me désole un peu… C’est toujours une question de temps.

Pourquoi cela ?

Les buildings, je pense que c’est un besoin inconscient de sortir de terre, de s’en extirper. C’est drôle, j’ai vu une exposition de peintres impressionnistes qui montrait que la part de ciel dans les tableaux occupait environ deux tiers de leurs toiles lors de leurs débuts et avait tendance à ne représenter plus qu’un seul tiers, au profit de la terre, à la fin de leur vie. Comme s’ils savaient qu’ils allaient retourner dans le sol et devenir de l’humus, comme tout le monde (rires).

La nature représenterait plus la mort que la vie ?

Non, elle est synonyme du temps qui passe, d’un autre rythme. Quand on voit une prairie, on a envie de s’asseoir, de prendre son temps, ce qui est rare aujourd’hui. Durant les années 70, lorsqu’on demandait aux gens de dessiner le futur, c’était beaucoup de voiture volantes dans un cadre ensoleillé mélangeant technologie et nature. Aujourd’hui, les dessins ressemblent à Blade Runner, on n’a même plus espoir en un ciel bleu et des arbres alors qu’on en a encore aujourd’hui ! L’utopie s’est transformée en dystopie !

Penses-tu que les choses ne vont pas dans le bon sens ?

J’ai l’impression qu’il reste beaucoup de boulot, mais que les mentalités avancent. Sans en être certain, car on a tous tendance à graviter autour de personnes qui pensent les mêmes choses que nous. Je trouve ça difficile d’avoir un regard objectif sur les mentalités dans notre société… les réseaux sociaux n’aidant pas.

La question est volontairement provocatrice, mais « la ville végétalisée » est-elle un fantasme d’urbains qui idéalisent la campagne sans jamais vouloir y vivre ?

C’est drôle, car je cherche actuellement à m’installer à la campagne, mais une partie de moi doute. J’ai très envie de me reconnecter avec la nature, mais il faudra se confronter à la réalité de la campagne. Par exemple, l’engouement des gens autour de la permaculture est super, mais dès qu’il s’agit de faire un jardin, il y a beaucoup moins de monde, car cela représente une besogne souvent répétitive. Il faut se confronter au réel pour transformer le fantasme en projet.

Ce changement de mentalité est-il durable ou crois-tu que cela ne constitue qu’une mode ?

J’espère que c’est pour de bon. Dans tous les cas, je n’ai pas de problème avec la mode quand elle va dans le bon sens !

Labotanique © Adeline Moreau

Interview réalisée par Pierre-François Caillaud

Labotanique est en résidence pendant 6 mois dans la cale du Remorqueur à partir de début avril jusqu’à mi-octobre. Suivez toutes leurs actualités sur labotanique.fr