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Circuits courts et court-circuits en ville, quand l'urbanisme culturel dessine une nouvelle carte des ressources locales

Retour sur les Rencontres Éclairées, jeudi 25 juin 2020, site des anciens abattoirs à Rezé

Artistes, acteurs culturels, aménageur·euse·s et élu·e·s… Les relations entre les fabricant·e·s de la ville sont régies par des liens ténus, faites d’imbrications et de frottements. Que reste-t-il ensuite de ces collaborations en circuits courts ? Le Labo des savoirs revient sur les échanges du 25 juin et prolonge la réflexion.

Alors que le quartier de la ZAC Pirmil-Les-Isles est en train de se dessiner, les Rencontres Éclairées du 25 juin ont été l’occasion de s’interroger sur la cohabitation de différents acteurs sur un territoire en devenir et l’impact des réseaux ainsi constitués sur la fabrique de la ville. Par exemple, comment un projet d’urbanisme culturel fédère un réseau d’acteurs locaux pour faire la ville en circuit court ? Depuis 2018, Transfert a pris place sur le site des anciens abattoirs de Rezé situé au coeur du futur projet urbain, impliquant dans son sillage une constellation d’acteurs très diversifiés.

Comment des projets portés par des associations culturelles ou des collectifs citoyens peuvent court-circuiter un projet urbain par une approche participative ? Comment s’organise l’après du projet d’occupation temporaire d’un site par un projet culturel ? 

Fabrique de la ville : entre circuits courts et « transitoire » longue durée

Partout de nouvelles aires urbaines se dessinent. Dans un contexte où d’importantes transitions sociétales s’opèrent, les projets d’urbanisme culturel font cohabiter différents types d’acteurs sur des territoires en devenir. Les méthodologies s’entremêlent, se renouvellent, et des questionnements inédits jaillissent de ces réseaux ainsi constitués, au service de la fabrique de la ville. 

Redonner de l’importance au territoire 

Comment fonctionne un territoire ? Comment construire intelligemment du « commun » ? Alexandra Cohen et Agathe Ottavi sont les directrices de Cuesta, une coopérative culturelle qui officie entre Rennes et Paris. « Notre rôle c’est de structurer, de mettre en dialogue des acteurs au service d’un récit urbanistique que nous construisons avec des artistes, explique Agathe Ottavi. Cette volonté d’insérer de la culture dans un projet d’urbanisme à Rennes, nous la devons à Patrick Bouchain, initiateur de l’Université Foraine.  Ce qu’il voulait, c’était que l’on puisse être en vacances dans sa ville ! Pertinent n’est-ce pas, par les temps qui courent… ».

Les lieux d’urbanisme culturel possèdent en effet un ancrage territorial fort. C’est ce que rappelle Jérémy Tourneur, responsable des relations aux publics à Pick Up Production : « Transfert associe les habitant·es et les usager·es via des connexions multiples : associations, établissements scolaires, entreprises… Tout est prétexte à collaborations. » C’est encore plus vrai sur des projets à vocation sociale et solidaire tels que la friche Magellan, à Nantes : « Les alliances se créent rapidement autour de ces projets, les lieux évoluent et les proposions avec. C’est comme ça qu’une aide alimentaire à destination des étudiant·es précaires s’est imposée spontanément pendant le confinement », souligne Jules Infantes, scénographe. 

« Ce dont on hérite, ce que l’on transforme et ce que l’on crée » 

L’occupation de lieux par des artistes est inscrite dans l’ADN nantais depuis les années 90. Si certaines zones, comme le quartier des Olivettes, ont l’habitude de se réinventer, beaucoup d’occupations temporaires ont fini par être pérennisées. Cela rejoint une problématique propre à l’urbanisme culturel : comment impacter durablement un quartier quand on est éphémère ? Comment continuer sans s’incruster ? 

Pour Stefan Shankland, artiste plasticien, il s’agit de définir ce qui crée de la valeur. « Partir de la ressource pour définir son potentiel. Parfois la ressource, c’est ce que l’on considère comme du rien, du déchet. » Pour cela il faut croiser les regards : « Pour la plupart des gens, 1 mètre creusé dans le béton ce n’est « rien », mais pour un archéologue, c’est un siècle d’urbanisme ! Le patrimoine, c’est ce dont on hérite, ce que l’on transforme et ce que l’on crée ».

« L’urbanisme, c’est aussi ne pas construire » 

La valeur de ces projets réside surtout dans l’humain. Par essence, l’urbanisme culturel secoue les manières de faire la ville. « Ce qui reste, c’est d’abord le changement dans nos représentations, dans nos pratiques » estime Stefan Shankland. Mais s’il crée du lien entre les acteurs du territoire et entre les « faiseurs de ville », l’urbanisme culturel en crée aussi entre le passé, le présent et le futur. 

« L’objet de l’urbanisme, c’est le temps » explique Sylvain Grisot. Auteur du Manifeste pour un urbanisme circulaire : pour des alternatives concrètes à l’étalement de la ville, il plaide en faveur de cette variété d’acteurs et pour un allègement des réglementations : « L’urbanisme, c’est aussi ne pas construire ! D’autant que l’on a du mal à mailler le temps de la culture, qui est un temps court, et celui de l’urbanisme, qui est un temps long. Une ville résiliente, qui sait s’adapter, doit s’éduquer à l’improvisation. » 

La traduction et la pédagogie sont indispensables à la mise en place de ces nouveaux modes de faire, tout comme à leur intégration auprès des aménageurs et au sein des collectivités. C’est à ces dernières qu’il revient, en premier lieu, d’insuffler une liberté urbanistique et de permettre la singularité par l’artistique et le récit proposé. « Sans cela, affirme Agathe Ottavi, on fait du copier-coller ».

Synthèse écrite par le Labo des savoirs 

En 2020, le Laboratoire de Transfert inaugure un nouveau partenariat éditorial avec le Labo des savoirs autour des Rencontres Éclairées, rendez-vous qui questionnent la place de la culture dans la ville. Une synthèse et une série de podcast, en collaboration avec Alvéole Médias, y seront consacrés. 

Le Labo des savoirs est une émission radio hebdomadaire consacrée aux sciences et à la culture scientifique. L’association décrypte avec les chercheurs et les chercheuses les questions d’actualité, analyse les enjeux d’aujourd’hui et de demain. Des sciences exactes aux sciences humaines en passant par les sciences économiques et sociales, tous les champs de la connaissance y sont passés au crible. 

Retour sur les Rencontres Éclairées du 25 juin

Podcast entier à écouter en rediffusion sur Radio Prun’ !

Photos – © Pick Up Production

Publié le 16 juillet 2020