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« La culture ne guérit pas, mais elle donne envie d’aller mieux »

Tout l’été, Transfert a accueilli Un Mort Sot de Lard dans son nouveau bus ! Entièrement créée par des patients de l’unité thérapeutique du Centre Hospitalier Georges Daumézon à Bouguenais, cette exposition interrogeait la vision de l’hôpital et du « chez soi ». Entretien avec l’infirmier Cyprien Enrocht et Pauline Aurousseau, plasticienne et co-créatrice de l’association L’Autre Atelier, adepte du soin par l’Art.

D’où est née la démarche de proposer une exposition sur l’hôpital à Transfert ?
Cyprien : L’année dernière, nous avons visité le site avec les patients. Les médiateurs nous ont appris que Pick Up Production cherchait des associations pour proposer des choses. Ça tombait bien, on faisait déjà des choses ! Nous avons beaucoup discuté ensemble, ils nous ont posé beaucoup de questions, ce qui nous a aussi amené à creuser le projet.
Pauline : Notamment penser la forme, mais aussi tout l’aspect pratique et concret. Les débuts ont été assez difficiles.
Cyprien : Transfert est un lieu où l’on crée sur place. Or, nous avons commencé le travail à l’hôpital qui a un fonctionnement plus rigide, mais aussi plus sécurisant pour les patients.
Pauline : Ce n’est qu’à partir du moment où nous avons été sur place, dans un lieu en mouvement et avec de la présence que les choses se sont clarifiées.
Cyprien : À partir de là, tout semblait possible, les choses allaient beaucoup plus vite et il faut dire que toute l’équipe sur place a été d’une aide précieuse et très volontaire.

Comment est venue l’idée d’investir le bus pour l’exposition ?
Cyprien : Transfert nous l’a proposé ! Nous aimions le symbole du déplacement, de sortir de chez soi. La question de l’isolement et de la solitude est une thématique récurrente pour les patients en psychiatrie.

Vous avez travaillé sur le thème de l’hôpital, un « chez soi » réel ou fantasmé. Parle-t-on du fantasme des patients ou du public ?
Cyprien :
L’idée était de représenter la vision de l’hôpital du point de vue des patients. Mais il leur était très important d’avoir un public pour effectivement déstigmatiser la représentation de la société sur la psychiatrie, la maladie mentale, des clichés sur les fous dangereux. Ils prouvent qu’ils ne sont pas réduits au diagnostic qui leur a été posé.
Pauline : Pour une fois, personne ne parlait pour eux ! Ils montrent qu’ils savent aussi se tourner en dérision, ce n’est pas toujours un sujet lourd. Par exemple, un patient a recréé un « menu du jour », mais avec ses médicaments.

Comment s’est déroulé le contact avec le public ?
Cyprien :
Il y a eu beaucoup de familles. Quand on évoquait les termes « hôpital psychiatrique », les parents se demandaient si c’était adapté aux enfants. Ce qui était le cas.
Pauline : Au final, on a eu des échanges vraiment chouettes. Des gens qui travaillent dans le soin, des infirmiers, des psychologues, ont adoré la démarche.
Cyprien : Et puis, tout le monde connaît quelqu’un qui, un jour, a eu recours à la psychiatrie.

Certains patients se sont-ils révélés après ces deux mois d’exposition ?
Cyprien :
Les contraintes faisant, les patients ont créé leur projet sur place et sont même devenus les médiateurs de l’exposition. Cela les a mobilisés et questionnés sur le fait qu’ils avaient du mal à sortir de l’hôpital. Il faut savoir que leur vie sociale se réduit souvent aux interactions qu’ils peuvent avoir en milieu médicalisé. Là, ils ont pu s’imaginer une place dehors, sans affirmer qu’ils allaient devenir artistes, mais se dire que c’est possible.
Pauline : Certains ont vraiment été boostés. C’est eux qui débutaient les conversations avec le public, et plus seulement l’inverse.
Cyprien : Après le temps d’exposition, il y a eu une période de vide pour eux. Mais c’est la vie, les choses ne durent qu’un temps. Certains ont compris que cela pouvait être identique pour leur séjour à l’hôpital, qu’il était peut-être temps de partir. À la suite de cette aventure, une patiente est sortie, a loué un appartement, va aujourd’hui à des expositions avec nous. C’était inimaginable il y a encore peu de temps.

Si la culture n’est pas un médicament en soi, a-t-elle de véritables vertus thérapeutique ?
Pauline :
La culture ne guérit pas, mais elle donne envie d’aller mieux. Elle permet de rentrer en communication avec l’extérieur.
Cyprien :
Ce fut l’un des thèmes des deux « cafés philo » qu’on a organisés à Transfert. La philosophie et la culture permettent de mieux comprendre ce que l’on traverse, de ne pas se sentir seul. Et elle n’est pas inabordable !
Pauline : On a réfléchi sur la « bonne » ou la « mauvaise » culture.
Cyprien : Comment on se construit sa propre culture ? Est-ce-que lorsque je passe un coup de râteau dans mon jardin, ce n’est pas déjà un acte artistique ? Comme beaucoup de gens, les patients ont cette impression que la culture n’est pas faite pour eux.

Ce sentiment d’exclusion vient-il de l’isolement lié à l’hôpital ou d’un problème de démocratisation de la culture ?
Pauline :
Un peu les deux.
Cyprien : Il y a peut-être un manque de pédagogie dans le milieu culturel, c’est-à-dire qu’il faut souvent avoir tout un background pour se saisir de ce qui se passe sur un tableau, une expo photo, une pièce de théâtre.
Pauline : La culture doit se poser des questions sur les publics qu’elle peut toucher et amener les choses de manière à ce que tout le monde puisse y avoir accès. Il ne suffit pas de proposer des offres gratuites !

Interview réalisée par Pierre-François Caillaud
Photos par Romain Charrier

Publié le 12 novembre 2019