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"Transfert, c'est une vraie place de village"

Quelles sont les questions les plus posées aux équipes de Transfert ? Pourquoi ces changements d’horaires ? Le public de cette édition est-il le même que celui de l’année dernière ? Une interview In bed with Transfert avec trois responsables de l’accueil, du bar et de la restauration.

Quelles sont les particularités d’un projet comme Transfert lorsque vous le comparez à vos expériences professionnelles respectives ?
Ben (responsable du bar) :
Ça change tout ! Même si le bar reste un métier de service avec ses problématiques liées à la vente d’alcool et à l’accueil du public, l’environnement de Transfert est très changeant. Dans un bistrot classique, tu accueilles un concert de temps en temps, là on assiste aussi à du théâtre, des débats, des ateliers.
Jean-Luc (responsable de la restauration) : Ce n’est pas un lieu classique ! Ce n’est ni un festival, ni une exposition… c’est tout et rien en même temps ! Le lieu est toujours en évolution, on ne sait jamais à quoi s’attendre.
Ben : Aujourd’hui, on accueille des enfants, la semaine dernière, c’était rempli de teufeurs ! Cela change du train-train classique du bar avec ses habitués du lundi au mercredi, les étudiant du jeudi, l’afterwork du vendredi et les Nantais de l’agglomération du samedi.
Anne (référente des agents d’accueil et experte en langue des signes) : C’est impossible de savoir qui viendra selon les jours, la programmation et surtout la météo. Transfert propose une programmation diversifiée qui offre plusieurs entrées dans le projet et dans la manière d’y apporter sa pierre.
Jean-Luc : Certains viennent voir un concert, d’autre se balader, certains Rezéens utilisent le lieu comme un square où ils peuvent se poser et jouer à un jeu de société. C’est une vraie place de village. Dès qu’il y a du monde, c’est magique.
Ben : Chacun vit le projet différemment, c’est comme ça qu’il a été construit. Après dix ans de restauration, il y a des horaires et des barrières qui m’ont naturellement formaté. Le fait de travailler avec des gens si différents et un public si large permet de grandir et de voir son boulot sous un autre angle, de le mettre en perspective dans un projet plus global qu’est Transfert.

Dans votre entourage, quelles sont les questions qu’on vous pose le plus sur Transfert ?
Ben :
« C’est quoi Transfert ? »
Anne : « Y’a du monde ? »
Ben : Les sujets les plus délicats sont liés au financement et la politique. C’est très compliqué d’y répondre, car cela implique les idéaux personnels de chacun. Ma réponse aura beau être construite, elle n’aura pas de résonance car la personne d’en face s’attend souvent à ce que des arguments aillent dans son sens.
Anne : « Où sont les toilettes ? »

Avant de parler de l’édition en cours, quel bilan dressez-vous de la première saison de Transfert en 2018 ?
Ben :
Nous n’étions pas prêts à accueillir autant de monde (rires). C’était du bricolage, on a colmaté les brèches du bateau comme on pouvait. Il a fallu attendre la fermeture pour créer un projet durable.
Anne : Et puis nous avons aujourd’hui imposé un cadre, même si certaines règles de vie importantes doivent parfois être rappelées. C’est le boulot des équipes de discuter et de construire cette relation.
Ben : Il peut y avoir quelques incivilités, mais c’est minime comparé au nombre de gens présents. L’année dernière, je pensais que nous étions seulement chanceux, mais je crois que le site a une emprise sur les gens qui les pousse à s’apprécier.

Ce travail global sur l’utopie entamé depuis l’année dernière s’effrite-il avec le temps ?
Anne :
Non, l’expérimentation se poursuit.
Ben : Mais évidemment, l’utopie atteint parfois ses limites, notamment sur l’aspect sécurité, les problématiques de l’alcoolisation et plus globalement le vivre ensemble. Par exemple, l’année dernière, nous rendions la consigne des gobelets, mais cela a créé un petit trafic et de la mendicité. Ce n’est pas grave en soi, donc l’idée n’est pas de sanctionner cette année, mais l’argent généré par l’achat des gobelets est reversé à des associations venant en aide aux SDF et aux migrants européens, donc aux voisins Roms.

Le public de cette édition est-il le même que celui de la première année ?
Anne :
Certains Nantais n’avaient encore jamais mis les pieds à Transfert, mais nous recevons des gens de toute la France et au-delà. Hier, nous avons accueilli des personnes sourdes thaïlandaises !
Jean-Luc : Il y a moins de fréquentation que l’année dernière ! Tout le monde est un peu déçu à ce niveau là. Le week-end, ça marche très très bien, mais la fermeture à 22h en semaine et le dimanche, c’est trop tôt ! Les gens se sont à peine installés qu’ils doivent repartir. Or, le lieu est trop éloigné pour n’y rester qu’une heure, sachant que le temps d’attente au bar est pour moi trop long.
Ben : On apprend encore et ce sera le cas tous les ans.

Ces nouveaux horaires sont-ils liés aux problèmes de voisinage rencontrés lors de la première édition ?
Anne :
Une attention a été portée aux voisins, cela a impacté la programmation et les horaires d’ouverture.
Jean-Luc : C’est normal, sinon le lieu ne peut pas perdurer.
Ben : Le côté « folie » de l’année dernière s’est un peu perdu cette année… Mais le projet de Transfert n’est pas de faire « son truc » et de se casser sans faire attention aux habitants, le but est d’apposer une empreinte sur le quartier et d’en faire une zone accessible à tous les publics, y compris les voisins qui sont aux premières loges. Il faut travailler à un entre-deux.
Jean-Luc : Oui, et je pense que si l’on ne met pas le feu aux enceintes, on peut fermer plus tard. Si c’est cool, le gens voudront rester. Il faut être sage, mais pas trop, car l’effet « nouveauté » ne dure qu’un temps, le public veut forcément d’autres choses à se mettre sous la dent, sûrement plus de concerts et d’animations.

La programmation de cette année n’en manque pourtant pas…
Jean-Luc :
Cela manque de gros événements comme le sont Paco Tyson, Les Fanfaronnades ou même le tournoi de palets, qui attirent beaucoup de monde. Le bateau végétalisé, c’est rigolo, c’est une vraie expérimentation, mais ce n’est pas ce qui va ramener les gens, soyons honnête.
Anne : Tous ces ressentis de la part des acteurs ou du public de Transfert, et même toutes les réflexions sur des thématiques d’actualité que l’on évoque dans des rendez-vous comme Les Idées Fraîches, sont récoltés par l’axe « laboratoire » du projet et pourront être transformés dans les années futures. Pas seulement pour Transfert, mais pour le territoire en général.
Ben : Ce qui est passionnant ici, c’est que l’on ne peut répondre à aucun des questionnements de Transfert par un « oui » ou un « non » définitif.

Vous parliez de la trace qu’allait laisser Transfert, quelle sera-t-elle d’après vous ?
Ben :
J’espère qu’au moins un bâtiment restera dans le nouveau quartier, ou peut-être un parc un peu différent du terrain de basket qu’on met partout.
Anne : Après la vie qu’aura insufflée Transfert sur ce site durant cinq ans, il ne faut pas que le futur quartier ressemble à ceux de toutes les villes avec des immeubles lisses et où tout est pensé à la place des habitants. Cela peut prendre une autre forme qui viendra sûrement des personnes qui vont l’habiter.

Pour conclure, quel serait votre rêve pour l’édition 2020 de Transfert ?
Jean-Luc :
Plus de public !
Anne : C’est encore un peu tôt pour moi, il va falloir dormir un peu et reposer son cerveau après cette édition… Mais une chorale en langue des signes, voire une programmation entièrement bilingue, ce serait le rêve !
Ben : J’aimerais que nous proposions notre propre bière, ce serait l’endroit idéal pour expérimenter une brasserie… en langue des signes ?

Propos recueillis par Pierre-François Caillaud.

Publié le 9 août 2019