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Les Petites Histoires : Le Remorqueur a ses raisons que la raison ignore

Depuis presque un tour de calendrier, l’aventure s’invite sur le site des anciens abattoirs de Rezé. Une tribu mystérieuse y a posé ses valises après une longue traversée et construit, pierre après pierre, le décor de Transfert. Aussi, puisqu’il n’est pas de roman fleuve sans récits affluents, posons notre regard sur les épisodes marquants et autres péripéties qui font les petites, mais non-moins importantes, histoires dans la grande.

« Ohé ohé, capitaine abandonné »

Parmi les bâtiments construits, certains ne sont pas sans rappeler les embarcations qui permirent la traversée de notre tribu jusqu’à cette parcelle laissée en friche devenue le décor de tous les possibles. L’un d’entre eux, peut-être plus emblématique que les autres, trône au coeur de la cité comme une pièce de patrimoine local aux milles histoires. Au cours de la première saison, il a été reconnu avec étonnement, tendresse ou nostalgie, par quelques oiseaux de nuit qui ont navigué jadis à son bord. Construit en 1912 aux chantiers Dubigeon, le Remorqueur, anciennement nommé « R7 » a assuré pendant la première moitié du siècle le remorquage des navires montant et descendant la Loire entre Nantes et Saint-Nazaire. Mais c’est surtout sa seconde, comme lieu de danse et de fête à l’esprit de piraterie inégalable, qui résonne dans les mémoires des nantais·es.

La légende dit que dans les années soixante, du côté du pont de la Motte Rouge, Michel, son ancien propriétaire, a dû l’extraire de la vase à main nue, tirant à bout de corde matin et soir comme un galérien pendant des mois. Une fois l’exploit accompli, il s’acharne à transformer la coque de noix en un café-concert hors du temps et des règles navales internationales. La cale y tangue au rythme des sessions acoustiques de musique tsigane et par temps de pluie, le pont fuit à grosses gouttes sur les disques en train de tourner. Quelques milliers de bouteilles de « Trois-Monts » débouchées plus tard, le bateau se crée des dizaines d’autres légendes. Celle du type qui passait ses soirées à faire du pole-dance dans la cale, qu’il y ait de la musique ou non, ou l’autre qui arrive à re-rentrer à la nage après s’être fait virer deux fois, sont parmi les plus marquantes.

« Avis de trempette »

2015 : coup du sort pour les nuits nantaises. La fermeture administrative du café-concert fait couler le Remorqueur. Le bateau reste tristement sans activité ni vie, coincé sur l’Erdre, le long du bassin St-Felix, jusqu’en 2018. C’était sans compter sur l’imagination d’anciens matelots, dont il se dit qu’ils y ont pris quelques gamelles aux grandes heures du rafiot, et qui ont l’idée, pas si saugrenue, de tirer une fois de plus le pavillon de la vase pour un nouveau voyage.

Après un émouvant pique-nique de départ sur le quai Malakoff, mêlant sandwiches-triangle et Bella Ciao ! repris en coeur , le « Remomo », quitte le berceau qui l’accueille depuis presque vingt ans, direction Transfert. Pour le transport, la timonerie lui a été arrachée temporairement et la coque a été elle-même remorquée jusqu’aux chantiers de l’Esclain, pour ensuite être traînée sur cinq jours jusqu’à Rezé. L’opération mobilise deux grues mobiles et une interruption de trafic, pour conduire la coque de 29 mètres, nuitamment, et à contresens sur la route de Pornic.

Aujourd’hui à Transfert, installé au sec, le bateau plus-que-centenaire se la coule douce et fait office de terrasse suspendue, point de vue panoramique sur le site des anciens abattoirs et rappelle le passage du Seil, bras de la Loire comblé dans les années cinquante, sur le sol aride qui l’accueille. Plus que les personnes curieuses de redécouvrir ce monument, les artistes invité·es à rejoindre la tribu trouvent dans sa cale un espace de repos et d’exposition en devenir. Plus que jamais, le Remorqueur mérite son qualificatif d’« Insubmersible », qu’il avait arboré pour son centenaire et sa résistance aux temps doit nous laisser penser que l’aventure est loin d’être conclue.

Le R7, 2018 © David Gallard, Alice Grégoire, Jérémy Jehanin

Publié le 3 juin 2019