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« Transfert est un « objet source » d'expérimentation, mais qui dit qu'il ne deviendra pas un modèle ? »

Scénographe de formation, enseignante associée à l’école d’architecture de Nantes et chercheuse en art et aménagement du territoire, Emmanuelle Gangloff est la nouvelle chargée du laboratoire Transfert chez Pick Up Production ! Cette experte des projets temporaires et du développement aussi urbain que culturel nous parle du terrain d’expérimentation que constitue Transfert.

Après une saison de Transfert, quelles expérimentations ont été menées ?

La végétalisation du site, par exemple, ou les modes de construction. En un temps très court, des gens qui n’avaient pas l’habitude de collaborer comme les artistes et les travailleurs du BTP ont convergé. Cela crée des modes de fonctionnement différents.

L’enjeu est-il de questionner la place des artistes dans la fabrique d’une ville ?

Oui, et ne pas seulement leur demander de faire un peu de décoration à la fin du projet. Un artiste n’est pas là pour seulement répondre à une commande publique. Il a son propre ressenti, son indépendance, et se confronte plus rapidement aux évolutions de la société, ce qui va permettre de mettre le doigt où ça fait mal. Cela tranche avec ces villes de plus en plus cosmétisées où tout est beau, mais rien ne gratte.

Dans un futur à long terme, les gens voudront-ils encore habiter en ville ?

Aujourd’hui, on a des problèmes de congestions urbaines, de centralité, de mobilités, d’appropriation du territoire, de flux migratoires, etc. Les villes ont besoin de se régénérer pour redevenir désirables, et ne pas rester des espaces figés qui ne répondent pas aux problématiques actuelles.

Quelles conclusions tirez-vous de votre étude du public après une saison de Transfert ?

Ce qu’on peut observer pour le moment c’est qu’il y a énormément de publics différents. On se questionne déjà sur les actions qui ont été menées et sur des modalités de médiations, notamment la question de l’accessibilité à tous comme les personnes en situation de handicap et le public non-voyant. Des maquettes du site ont été construites pour que ces derniers puissent d’abord appréhender dans sa globalité par le toucher. Nous essayons d’évaluer l’expérience perçue ET l’expérience vécue du visiteur. Nous travaillons aussi sur la question de l’hospitalité en s’interrogeant sur les espaces de sociabilité. Comment les aménage-t-on ? Comment créer une proximité, un mélange des genres ou une rencontre, que ce soit entre les riverains, les camps de roms, le public du Voyage à Nantes ou ceux qui se retrouvent devant un spectacle qu’ils n’ont pas l’habitude de voir ? Tout cela fait appel à la dimension de l’affect et de la sensibilité.

Comment cette première étude a-t-elle été menée ?

Nous avons travaillé autour de questionnaires. Cette année, on se penche sur des parcours de visiteurs que l’on va suivre, voire accompagner pour observer les points attracteurs ou de convergences du site. On peut aussi les doter d’un système de géolocalisation pour observer comment ils évoluent dans le site, c’est l’une des nombreuses pistes. L’enjeu est vraiment de mieux connaître l’expérience et les besoins du public.

Le public est-il en recherche de lieux hybrides ?

On travaille aujourd’hui sur les tiers-lieux, ces endroits hybrides entre la vie professionnelle et personnelle. On peut autant y trouver des espaces de coworking que des lieux d’exposition et des spectacles ouverts à tous. C’est la question des lieux culturels : comment faire pour que certains équipements n’ouvrent pas seulement sur les temps de représentation et qu’ils répondent aux nouvelles aspirations des populations, que l’on puisse s’y retrouver, s’y exprimer, etc. ?

Quels dispositifs allez-vous mettre en place pour que le public puisse justement s’exprimer et participer au projet Transfert ?

Nous proposerons chaque samedi un cycle de rencontre intitulé « Les Idées Fraîches ». À la manière d’une université populaire ou d’un café philo, l’idée est de réfléchir avec les usagers du lieu à des thématiques et des sujets donnés pour que chacun puisse s’impliquer dans les réflexions, mais aussi dans les actions du lieu. Ce sera très modulable selon les aspirations des gens présents. Si quelqu’un veut aborder la place de la femme dans l’espace public, par exemple, rien n’empêche que cela devienne la thématique de la semaine suivante. L’esprit de Transfert, c’est aussi de laisser de la place à l’imprévu et à l’implication du public dans le projet.

Quel est l’avantage de Transfert en tant « qu’objet d’étude » ?

Même si l’on s’ancre dans des méthodologies de recherche précises, nous ne sommes pas un laboratoire du CNRS ! L’avantage de Transfert, c’est cette forme d’indiscipline dans la recherche, loin du cadre institutionnel de la recherche universitaire avec ses systèmes d’évaluation et de financement. Porter cela en interne, c’est se dire que le projet est en train de se faire et qu’il évolue concrètement au gré de ses expérimentations. On peut se régénérer constamment en réflexion et ce sur cinq ans. C’est rare de pouvoir travailler sur la question du vivre ensemble sur un temps si long. Transfert a aussi comme singularité d’être construit sur un terrain vierge, contrairement aux autres projets d’occupation temporaire exploitant des bâtiments déjà existants. Une autre spécificité, c’est aussi d’être connecté avec le récit des auteurs qui ont écrit plus qu’un projet, ils ont raconté une histoire, celle de nomades s’installant dans un désert. Il y a vraiment cette volonté de dramaturgie. Transfert peut proposer et anticiper des expérimentations pour des préfigurations du futur quartier Pirmil-Les Isles.

Pour cela, faudra-t-il faire valoir les études menées ?

Je pense que quand il y a une expérimentation réussie qui perturbe les codes, elle se fait valoir toute seule. Par exemple, des opérateurs urbains verront qu’il y a quelque chose d’inédit ici, ils vont vouloir savoir comment le faire et s’en emparer. Transfert est un « objet source » d’expérimentation, mais qui dit qu’il ne deviendra pas un modèle ?

Entretien réalisé par Pierre-François Caillaud.

Photo : © Grabuge 

Publié le 18 avril 2019