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Rencontre avec "La Mutine"

Spécialiste de la « métallerie fine » alliant soude et art, La Mutine a construit l’oeuvre dont tout le monde parle à Transfert : les toilettes ! Rencontre avec Antoine Soulard et Maxime Chevillotte.

 

La métallerie est une reconversion pour vous, que faisiez-vous avant ?

Antoine : Je travaillais dans le social. Au moment de changer de métier, le métal m’a paru être une matière pleine de possibilités !
Maxime : Je viens de l’art contemporain, c’est le côté technique et inconnu du métal qui m’a attiré. Avec Antoine, on a participé à la même formation, mais on ne s’est rencontrés que plus tard.
Antoine : J’ai monté ma boite il y a sept ans et Maxime l’a d’abord intégrée en tant que stagiaire. On s’est rapidement aperçu que nous avions la même vision du métier : considérer cet artisanat avec un œil nouveau, c’est-à-dire répondre aux besoins des clients, mais toujours apporter une proposition créative.

 

La fameuse « métallerie fine » ?

Antoine : Oui, on allie technique et élégance !
Maxime : « Limailles et paillettes » ! (rires)
Antoine : Ce n’est pas parce que le métal n’est pas considéré comme une matière noble que l’on ne peut pas en faire quelque chose de créatif, sexy ou même doux.

 

Lorsque Pick Up vous a demandé de construire les toilettes de Transfert, qu’est ce qui vous est passé par la tête ?

Maxime : On s’est dit qu’il fallait détourner la forme si nous voulions nous éclater !
Antoine : Sinon, on faisait deux poteaux et c’était plié !
Maxime : Au départ, on avait bien trop d’idées, nous avons donc passé un mois à dessiner tout et n’importe quoi.
Antoine : On a eu l’idée d’un bloc intemporel…
Maxime : Est-il est tombé du ciel ? Ressorti de terre ? Est-ce un vestige ? Il fallait qu’il inspire une histoire. Nous avons aussi beaucoup travaillé sur les détails. Par exemple, les parois ne touchent ni le sol, ni le plafond, c’est très aérien.
Antoine : Le sol est constitué d’un beau tissu sur lequel nous avons appliqué de la résine. Ce n’est pas parce que ce sont des toilettes qu’elle ne peuvent pas être chics et confortables ! Elles sont aussi pensées pour être accessibles aux personnes à mobilité réduite et faciles à nettoyer pour le personnel.

 

Cette fois-ci, vous n’avez pas travaillé dans votre atelier, mais sur place, à l’air libre.

Antoine :Ce fut deux mois de construction très intenses !
Maxime :Faire tout cela à deux et finir à temps pour l’ouverture, c’était presque une performance ! Ce projet a demandé un investissement énorme, mais nous baignions dans un univers où tout le monde avait la volonté de changer les choses. Ici, personne ne compte ses heures. Durant la construction, l’émulation a dépassé la commande de départ.
Antoine : Il y avait une vraie effervescence. À Transfert, les artisans côtoient des designers, des comédiens, des plasticiens etc. Et tout le monde se file un coup de main !

 

Cette liberté d’action définie-t-elle le projet Transfert ?

Antoine : Il est rare d’être aussi libre et d’avoir carte blanche ! On a effectivement pu aller loin et au bout de notre idée. J’espère vraiment que, sur le long terme, Transfert restera un lieu d’expérimentation.
Maxime : Ce n’est pas qu’un lieu « rigolo » ou Disneyland ! L’intention de départ est géniale, surtout pour un projet aussi institutionnel. Pour une fois, ce n’est pas que de la communication. Pourvu que ça dure !

 

 

Revenez-vous régulièrement ici depuis que vous avez terminé votre oeuvre ?

Antoine : Régulièrement ! Il y a un brassage incroyable de curieux, de familles, de voisins qui habitent dans le camp juste à côté, de fêtards… On voit quand même de belles images ! Et si ce lieu ne ressemble à rien d’autre esthétiquement, autant qu’il ne ressemble à rien d’autre politiquement. Qu’importe si cela s’intègre bien ou pas au Voyage à Nantes ou au Voyage de Babar (rires), ce projet laisse de l’air ! Pour une fois, on sent qu’il y a une confiance de la part des institutions, que les acteurs du projet connaissent tous leur métier, qu’ils peuvent faire ce qu’il veulent.
Maxime : C’est une fenêtre de tir vers d’autres manières de gérer l’espace public. Le budget de la construction globale du site de Transfert est d’environ 2 millions, d’autres villes l’utiliseraient pour armer la police municipale ou installer des caméras !

 

 

Propos recueillis par Pierre-François Caillaud
Photo : Juliette-Nolwenn Thomas
Photo d’illustration : Chama Chéreau

Chama La Mutine